Heated Rivalry
Deux stars du hockey vivent une romance secrète qui dure plusieurs années, alors qu'ils poursuivent la gloire et se débattent avec l'amour.
| En cours | CA | Pas de durée |
| Drame | Crave, | 2025 |
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1.05 -
Je croirai en n’importe quoi
I'll Believe in Anything
Shane, Ilya et Scott doivent faire face à des choix personnels déterminants.
Diffusion originale : 19 décembre 2025
Diffusion française :
19 décembre 2025
Réalisat.eur.rice.s :
Scénariste.s :
Guest.s :
Sophie Nélisse
,
Franco Lo Presti
,
Connor McKenna
,
Shaun Starr
,
Andrew Carter
,
Kolton Stewart
,
Pia Maria Bazzaco
,
Callan Potter
,
Benjamin Roy
,
Slavic Rogozine
,
Vitali Makarov
,
Jay Farrar
,
Noah Labranche
,
Sam Beaton
,
Jonathan Dubsky
,
Rhoslynne Bugay
,
Miss Niki Nikita
,
Matt Gordon
,
Nadine Bhabha
,
Krystle Ferdinand
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| Avis favorable | Déposé le 14 février 2026 à 03:43 |
|
Spoiler
Quelle claque purée, ça c’est un épisode absolument sensationnel. La fin est une des plus belles scènes que j’ai jamais vues. On comprend petit à petit où elle mène à mesure qu’elle se déroule ; toute cette montée en puissance est grisante, et quand enfin le dénouement a lieu, c’est absolument magistral. Tout y est parfait, des jeux d’acteurs au montage, en passant par la musique choisie pour l’accompagnement “I’ll Believe in Anything”, qui donne son nom à l’épisode. Cet hymne rock de Wolf Parade aux paroles puissantes et vulnérables, évoque avec intelligence une citation clé d’une scène précédente :
Ce commentaire d’Elena dans l’épisode 3, qui nous laissait sur le statu quo de la relation Scott/Kip, est repris ici pour appuyer le besoin de visibilité à travers l’autre pour exister, être pleinement soi et inspirer le monde. Cette même réplique sur l’ensoleillement est ré-appuyée par la réalisation de la scène, elle aussi absolument fabuleuse, avec cette idée d’accéder enfin à la lumière libératrice : les projecteurs du stade éblouissent le plan d’une union autour de laquelle on tourne dans un mouvement circulaire prodigieux, qui entame une révolution autour d’un nouveau soleil incarné par Scott & Kip. La lumière, la composition du plan, le mouvement de caméra, la bande-son et le contenu de la scène : toutes les composantes répètent donc à l’unisson la même idée sans aucune retenue, celle d’une force positive inarrêtable, et créent alors un plan assourdissant, qui hurle son message en plein dans nos yeux et nos oreilles, un raz-de-marée qui nous submerge et nous emporte totalement dans ce moment culte. Encore plus beau : la scène est entrecoupée par les réactions du couple principal dans leurs salons respectifs, à travers un montage alterné qui cut mais prolonge la gravitation en orbite autour du baiser. Ce montage de révolution (rotation) est donc aussi une révolution pour les personnages, soulignant le choc profond qui se déroule à la fois sur le devant de la scène et les répercussions immédiates dans des sphères privées. Un rappel que la visibilité et la représentation bouleversent des vies — et une jolie mise en abyme presque involontaire pour cette série car celle-ci, spécifiquement à travres cet épisode, a provoqué la même chose sans forcément y aspirer à la base. Il faut justement marquer un temps d’arrêt pour souligner, au-delà de la qualité de la scène ou de l’œuvre, la portée qu’une telle histoire fictive peut avoir sur le monde. Depuis la diffusion, on a déjà eu un joueur de hockey pro (bien que pas de la ligue nord-américaine), Jesse Kortuem, qui a fait son coming-out en réaction à cette série, citant explicitement l’inspiration qu’elle lui a procuré. Il a d’ailleurs été ensuite ému aux larmes quand il a vu une vidéo de remerciements en retour envoyée par Hudson Williams, l’acteur de Shane. La série, après cet épisode, a aussi déclenché quelque chose chez d’autres sportifs de haut niveau qui ont fait leurs coming-out dans des milieux où la masculinité est associée à la force et à la virilité (par exemple AJ Ogilvy, joueur de basket australien) même sans être directement citée. Plus globalement, un début de libération de la parole s’en est suivi dans la NHL, certains joueurs ayant évoqué le sujet de l’homosexualité dans leur sport et l’effet positif sur la vision de la masculinité et du sport. Je ne sais pas si la vague va continuer ou n’est que passagère, mais en tout cas, c’est le genre de scènes et d’épisodes qui change des vies. En fait, c’est même un peu tout le but. Jacob Tierney, réalisateur et créateur de cette adaptation, a en effet déclaré que c’était vraiment avec cette scène en tête qu’il souhaitait absolument adapter l’histoire et se l’approprier, pour offrir à toute une génération queer un moment de pur bonheur et d’aspiration à un monde optimiste. Clairement, c’est réussi. Toute la construction de la séquence est parfaite, démarrant par une victoire sportive historique qui paraît pourtant assez banale, incomplète voire amère. Scott Hunter contemple en fait toute son équipe et les voit célébrer avec leurs proches, puis réalise que sa vie n’est pas satisfaite s’il est seul et se refuse à construire sa propre famille. Il cherche du regard Kip, et se résout alors à l’inviter. Kip est soutenu par Elena et son père en arrière-plan, tandis que les plans sur Shane et Ilya montrent qu’ils comprennent clairement avant tout le monde ce qu’il se passe dès que Scott prend la main de Kip pour l’amener sur la glace et lui déclarer sa flamme devant tout le monde. Evidemment, tous les jeux d’acteurs sont top, mais celui de François Arnaud en particulier est renversant. Il guide et incarne toutes les variations d’émotions véhiculées par la scène, avec un regard qui change 5 fois de sens en l’espace de quelques secondes, de la joie d’avoir gagné, à l’étonnement de réaliser qu’il lui manque quelque chose, à la tristesse quand il découvre quoi, à la révélation quand il comprend ce qu’il doit faire, à la peur quand il prend sa décision, à sa résolution et à son amour pour lui donner la force d’aller au bout. J’adore notamment le fait qu’il se mette à hyper-ventiler seulement après avoir pris sa décision et fait signe à Kip, l’acteur communique ainsi à la fois son excitation suite à ce que son personnage vient de décider de faire, et sa peur viscérale face à ce que ça implique, à savoir beaucoup plus que sa victoire sportive. De quoi véhiculer qu’il est en train de vivre à la fois le moment le plus difficile de sa vie mais aussi sa meilleure décision. Rien à dire, c’est juste une scène parfaite, autant dans son exécution que dans ses émotions, j’en ai eu des frissons et des larmes incontrôlables. Elle mérite d’être retenue comme une des plus belles scènes de l’histoire. Et après celle-ci, on comprend vraiment tout le choix et la pertinence de l’épisode 3 en rétrospective, qui honore la cohérence de l’œuvre de base de Rachel Reid. Ce n’est pas un épisode génial que par sa fin, bien au contraire ; d’ailleurs, celle-ci ne résonne avec toute l’audience aussi fortement que parce que la série et l’épisode l’ont si bien préparé. Dès la première scène en fait, j’ai été totalement pris de court, ce qui était totalement le but, je pense, par le personnage de Rose. Elle amène le sujet de la sexualité tabou explicitement pour la première fois de l’œuvre. La scène navigue alors ce qui est essentiellement le coming out de Shane avec une intensité et une humanité dans les dialogues qui m’a laissé sans voix et en larmes dès le début. Comme d’habitude, je trouve Hudson Williams juste incroyable, même si je sais que la plupart encense surtout Connor Storrie, qui n’a certes pas un rôle facile et a dû perfectionner son russe à un point inhumain. Mais purée, les micro-expressions de Shane qui soulignent les temps d’arrêt et tout ce qui peut se bousculer dans sa tête quand Rose lui parle, c’est du grand art. Déni, soulagement de pouvoir se confier, peur de le faire, partage d’une fraction de ce qu’il ressent et qui semble pourtant être une montage tant il n’en a jamais parlé à personne : tout se lit dans ses yeux et sur son visage, pour un personnage qui est très peu loquace et qu’on semble néanmoins connaître par cœur à chaque réplique, c’est fascinant. Rose devient finalement une autre meilleure amie qui sert de confidente et permet à un protagoniste d’ouvrir les yeux. J’adore comment la scène est écrite de sorte que Rose se rend compte qu’elle avait un sujet en tête à aborder mais qu’elle “s’y prend mal”, le réalise et l’admet, et choisit alors d’être explicite. Shane reste plutôt fermé, puisqu’il a sans doute envie de se confier mais est juste retenu par ses propres blocages par lesquels se manifeste son TSA. J’adore aussi la façon dont Rose l’identifie, et bascule dans une conversation plus simple où elle pose des questions fermées “oui/non” pour ne pas être intrusive, tout en restant dans sa démarche active. Elle fournit un espace d’écoute et de sécurité que Shane n’a jamais eu dans sa vie, illustrant ainsi l’importance du soutien d’allié-es, notamment féminines (d’un point de vue socio-historique, la cause féministe partageant un héritage commun et complexe avec la cause gay). Et ça donne une relation amicale au final très finement écrite, certes avec peu de contenu et assez rapide, mais qui évite beaucoup de clichés : le fait que ce soit elle qui s’en rende compte, qu’elle insiste pour rester sa meilleure amie malgré tout, que le scénario n’en fasse pas un enjeu de conflit et au contraire souligne l’importance d’un espace bienveillant incitant à faire confiance. C’est hyper bien vu de montrer en guise de premier coming out, initialement douloureux, un exemple d’inversion de la charge de l’annonce. Une vraie bouffée d’air frais en termes de propos, qui reste très réaliste dans sa difficulté, mais au bout du compte, est libérateur. Et forcément après un tel coming-out, l’épisode ne ressemble plus à rien de ce qu’on a eu précédemment, ce qui fait ressentir — sans dire — en quoi c’est important de s’accepter et d’avoir quelqu’un pour nous le faire dire. Toute la suite de l’épisode est esthétiquement et thématiquement bien différente des autres. Comme à chaque fois, la série possède un don pour avoir un style et un propos général constants, mais pour faire varier la forme de chaque épisode afin de s’adapter à une thématique différente selon l’épisode, et véhiculer des émotions contrastées en ce sens. Les choix dans la réalisation et dans la narration sont donc toujours aussi représentatifs de l’état de la romance principale et c’est tout bête mais ça fait tout le sel de la série : elle ne vit que par l’angle du couple et s’engage complètement dans cette voie, faisant confiance dans l’audience pour suivre le pas. Typiquement ici, il n’y a littéralement aucune scène intime sexuelle, de quoi faire taire les quelques critiques réduisant la série à du soft porn seulement, qui n’avaient jamais eu de vraie légitimité de toute façon. Et surtout, on a un taux de communication qui atteint des sommets dans cet épisode, qui se révèle beaucoup plus intime, dans le sens sentimental, avec un accent mis sur un vrai début de relation, où Ilya et Shane se parlent, apprennent à se connaître, à s’autoriser intérieurement à s’aimer, tout simplement. Malgré les sujets très durs abordés, cela donne tout un ton positif jouissif à l’épisode qui récompense tout ce que l’audience (et eux) ont subi depuis le début dans leur absence de communication. C’est clairement du bon feel good de voir des scènes comme les superpositions des moments où ils jouent ensemble sur la glace avec leurs instants de complicité partagée sur la glace comme en privé, car comme Shane le rappelle, ce n’est pas qu’une histoire d’être amants mais aussi d’être rivaux. Un autre passage très feel good, c’est le moment où Shane est drogué à l’hôpital et où Ilya lui rend visite : c’est très comique, et clairement mièvre, mais si tendre ! Il est aussi très significatif puisque Shane, sans filtre vu qu’il est dans les gaz, se comporte très différemment et montre ses vraies couleurs de canard amoureux avec moins de barrières comportementales. À noter qu’après ça, Ilya était quand même en train de faire ses bagages pour la Russie et aurait refusé l’invitation (dans le livre apparemment c’est encore plus marqué, il hésite même à mettre fin à leur relation)… avant que Scott Hunter ne lui montre qu’une autre issue est possible et le pousse à prononcer la phrase qui changera sa vie :
On est ici parfois dans un nouveau coeur “cucul” cliché d’une romance, mais qui apparaît comme amplement mérité après tant de chemin parcouru, et qui est encore une fois totalement assumé par la série. Et ce, dès la métaphore sportive principale de l’épisode annoncée en scène d’introduction. On y apprend en effet qu’Hollander et Rozanov doivent désormais “jouer dans la même équipe”, ce qui donne plusieurs passages à double-sens coquins riches et amusants, le commentateur posant justement la question, “qui mène le bal entre Ilya et Shane ?”, ou encore “comment Scott Hunter va se placer dans leur dynamique ?” — un commentaire évidemment meta avant tout, nous rappelant nos interrogations sur les choix narratifs la série, autrement dit, quel intérêt de nous avoir présenté Scott et Kip en épisode 3. Tout cela prépare leur rôle à jouer à la toute fin, celui de bouleverser la relation Ilya/Shane. L’épisode comporte donc une structure similaire aux précédents sur certains points (dynamique sportive qui évoque ce qu’ils traversent entre eux deux, séquences d’honnêteté dans un hôtel, etc.). Leur relation a d’ailleurs toujours suivi un schema répétitif auparavant, qui se poursuit ici : regards en coin, chambre d’hôtel, au-revoir sans chaleur, disette entre deux rencontres, etc. Mais cette fois-ci, nos attentes sont subverties, l’épisode contraste avec les précédents et leur routine : ici, les regards en coin sont encore là, mais n’ont pas le même sens. Leur soif d’aspirer à quelque chose de plus, à une vraie relation, transparaît à fond et ils ne peuvent plus la contenir. La classique scène de la chambre d’hôtel pointe le bout de son nez assez vite… mais là où elle enchaînait toujours sur du cul auparavant, que ce soit par désir sain, pour combler une pulsion, ou souvent pour éviter de parler, ici Shane amène directement la scène au stade d’une conversation profonde, sur sa sexualité, et le sexe ne vient jamais à l’écran, leur étreinte sert de soutien émotionnel. En fait, après ne s’être connu presque que par l’intermédiaire de pulsions à assouvir pour se galvaniser et maintenir le mensonge public, la relation de Shane et Ilya peut enfin passer aux stades sains qui ont lieu en réalité au début de toute relation ne faisant pas l’objet d’un tabou normé. Rire en public, passer du temps ensemble, voir comment Ilya se comporte avec des enfants… ou proposer de passer une première semaine de vacances ensemble ! Lors de cette scène de retrouvailles de nuit à l’hôtel, dans leur terrain de confort habituel où personne ne peut les voir et où ils sont au plus loin possible de la “lumière”, le couple se parle enfin plus en une seule soirée que de toutes leurs vies. Shane revient notamment sur plein de thématiques essentielles lancées entre autres dans l’épisode précédent, comme la distinction bi/gay cruciale pour lui et pour leur relation, son refus de s’assumer comme tel avant que Rose ne lui parle, le fait d’apprendre à connaître Ilya par l’angle de la rivalité sportive, etc. C’est très plaisant de le voir crever l’abcès, mais aussi inhabituel, surtout après l’avoir rejeté dans l’épisode 4. Là encore, les personnages commencent par ignorer les non-dits et ne reviennent dessus que dans un second temps. Comme d’habitude, sur le papier on pourrait se dire que ça sonnerait faux de les voir subitement parler autant ouvertement. Pourtant, ça fonctionne totalement avec la libération de Shane grâce à Rose dès le début de l’épisode. Et aussi parce que toute la série a préparé ce moment : leurs échanges sincères nombreux ici prouvent que, malgré le côté très sensuel et minimaliste de la relation depuis ses débuts, elle n’était pas vide, et que malgré certains traits malsains, résultat de l’aspect tabou et de la honte inhérente, l’amour y naissait déjà. Les personnages savent comment se parler parce que c’est une évidence après tant d’années, ils ont appris à se connaître, à travers une relation distillée secrète et basée en grande partie sur le charnel, mais néanmoins sincère. Mieux encore, en libérant autant la parole de son protagoniste et en faisant un épisode aussi sentimental pile après son “coming out” (inversé et bienveillant), la série fait comprendre encore un message essentiel. A savoir : elle n’invalide pas la relation que Shane et Ilya ont connu jusque là. Il y a certes un vrai déblocage salvateur à s’ouvrir, mais les personnages n’ont pas changé. En fait, c’est un message très pertinent, qui prend soin de ne pas shamer les protagonistes de s’être enfermés sur eux-mêmes ou d’avoir internalisé leur honte, parce que leur crainte et leur situation complexe restaient des obstacles légitimes. Au contraire, il y a clairement eu de la valeur dans ce qu’ont vécu Shane et Ilya toutes ces années. Simplement, le scénario souhaite inspirer les personnes concernées en montrant qu’il y a encore plus de valeur à se libérer de ce poids quand on peut et quand on trouve son safe space, sa “Rose”. Cette morale est soulignée par un shift total de ton et de style de réalisation entre les deux scènes de “pseudo coming-out” : la première scène au restaurant, relativement lente et à la caméra statique, très similaire aux premiers épisodes de la série, bref, assez représentative de Shane l’ennuyant, l’impassible homme de glace qui n’est pas vraiment lui-même. VS la fameuse scène Scott/Kip finale. Et entre les deux, dès la fin de la scène Shane/Rose, toute la suite de la réalisation bourdonne plus d’énergie et de vie. A commencer par la scène au bar en Floride, à savoir leur première rencontre post-rupture de l’épisode 4 (première fois qu’il partage enfin un même plan), dans laquelle Shane revient vers Ilya pour en découdre avec son nouveau lui-même. Toute cette séquence au bar est un délice de langage verbal et para-verbal, de micro-expressions et de timing : Shane vient avec un plan d’action, il rappelle subtilement qu’il se souvient de ce qu’Ilya aime comme climat (preuve qu’il a retenu des choses de leur précédente matinée passée ensemble malgré la façon dont elle s’est terminée). Ilya ne réagit pas, Shane lâche un micro-regard de déception, puis il manque l’appel de phare d’Ilya qui est intéressé par sa relation avec Rose contrairement à ce qu’il pourrait prétendre. Shane manque les signaux car il continue d’être très premier degré ce qui est évidemment in-character. Alors il contre-attaque, Ilya finissant par ramener le sujet et retombant sous le charme de Shane quand il lui confie de façon un peu ridicule qu’il a changé de style vestimentaire (car même leurs chara-design évoluent dans l’épisode)… Ce ping-pong de dialogues à lire entre les lignes dure ainsi toute la scène, où chaque réplique et chaque geste a son importance, jusqu’à re-construire en 5 minutes une tension sexuelle et affective folle. Le tout baigne dans une clarté inédite très appropriée pour ce renouveau de relation et de direction artistique. L’importance du changement de ton dans l’éclairage continue ensuite durant le reste de l’épisode : le coucher de soleil sur la plage, la scène de discussion profonde à l’hôtel, le tunnel de graffiti rose en Russie lors du coup de téléphone, jusqu’au fameux baiser final Scott/Kip donc. Initialement dans un stade froid sur la glace, qui finit baigné par les projecteurs et filmé dans un mouvement continu, radicalement opposé à la première scène de coming-out statique et (chaleureuse mais) sombre, avec Rose. Un épisode qui a ses scènes de début et de fin qui se répondent thématiquement et formellement, je craque. En termes de réal c’est donc vraiment l’éclate, je suis toujours assez choqué de lire que tout a été tourné en 37 jours, seulement au Canada, usant de beaucoup de VFX aux endroits pertinents (tous les arrières-plans) pour respecter un budget ridicule (typiquement cette scène de fin, le plus gros poste de dépense de la saison). Bref, la réalisation accompagne parfaitement la libération des protagonistes et c’est un vrai plaisir de voir Shane devenir, sans invalider ses troubles, le Shane qu’on avait aperçu par bribes tout au long de la série, mais qui s’auto-censurait, limité par la frustration de sa relation avec Ilya et par le poids de son entourage. C’est diablement bien écrit comme coming-of-age & coming-out story, avec une portée bien au-delà de l’homosexualité mais aussi sur la confiance et le travail sur soi. Pour Ilya, c’est en fait la même chose : comme il a toujours été plus extraverti, beau-parleur et typique du dragueur qui peut charmer tout ce qui bouge indifféremment du genre, on pourrait croire qu’il n’y aurait pas de grand impact. Mais bien sûr comme Shane et l’audience l’avaient très vite compris, “it’s all an act”. Il portait peut-être un masque encore plus grand que Shane, et même sans la personnalité discrète de ce dernier, il dissimulait peut-être encore plus ses vraies émotions et portait en plus un fardeau sans doute bien plus lourd que celui de Shane (vu son background en Russie). Fardeau qu’il lâche enfin, totalement grâce à l’influence de Shane. Cependant, la série ne fait jamais l’erreur de “juger” l’écart de difficulté de leurs deux parcours, laissant toujours les deux protagonistes sur un pied d’égalité, ce qui vaut depuis le début de la série d’ailleurs. Et qu’est-ce que c’est rafraîchissant d’avoir une romance où il n’y a pas de rapport de force déséquilibré entre les deux ! J’ai vu une lecture féministe de l’oeuvre très intéressante qui théorise que c’est en grande partie ce qui explique tant le succès de l’oeuvre, pourtant très centré sur la masculinité, chez le public féminin : ce dernier baigne depuis l’enfance dans des romances asymétriques normalisées partout en fiction, souvent avec un rapport de domination. Alors voir une rivalité passionnelle entre deux égaux, qui ne remet pas en cause leur masculinité ou leur succès dans une sphère sportive traditionnellement virile, et sans compromettre une intimité saine et équitable au sein d’un amour naissant, c’est juste aux antipodes des clichés usuels datés. Combien de relations fictives hétéros basées sur un tel modèle équilibré peut-on citer ? Le pay-off de tout ce qui a été développé jusqu’ici sur leur rivalité et leur amour fonctionne parfaitement lors de la scène à l’hôtel où Shane commence enfin à se confier à Ilya, car c’est fait encore une fois, avec une subversion des attentes, que Jacob Tierney a confirmé : l’audience est censée imaginei d’abord que la scène va être un focus sur Shane… mais le dialogue progresse en fait naturellement vers Ilya, qu’on voit enfin être émotif et craquer, ce qui est tout aussi libérateur pour eux deux que pour nous. Et ainsi l’effet boule de neige de s’ouvrir et de communiquer est contagieux. L’épisode développe ensuite, en toute logique, le personnage d’Ilya, enfin ! Ce qui est le parfait move que j’espérais après l’épisode 4. Évidemment, tout va assez vite, en mettant à profit l’exposition précédente de sa famille problématique en Russie, mais le fait d’avoir eu si peu de la vie personnelle d’Ilya est cohérent avec ce que le personnage partageait de son “vrai” lui. De la même façon, ce n’est pas un hasard que sa meilleure amie Svetlana ait tout compris depuis le temps pour “Jane” et “Lilly”, mais reste un soutien au même titre que ne l’est Rose pour Shane (ou Elena pour Kip). Décidément, même si ces personnages restent en arrière-plan et des “faire-valoir” dans l’histoire, le supporting cast féminin bénéficie quand même d’une importance et d’une attention très appréciable. On pourrait reprocher le fait que les trois rôles féminins s’inscrivent dans le même carcan de “la meilleure amie qui pousse à l’ouverture”, ce qui est une critique en partie légitime. Mais d’une part, c’est encore une fois un niveau d’exigence que de nombreuses oeuvres de romance ne subissent pas. Le modèle de la meilleure amie alliée reste un “cliché” positif, basé sur une vraie convergence des luttes IRL. Et d’autre part, les trois ont des nuances non-négligeables. Svetlana notamment subit un des changements principaux par rapport au livre, qui ne la plaçait pas comme une amie de longue date intelligente. Cette réécriture de l’entourage russe d’Ilya est un choix très pertinent : leur bref échange où elle révèle avoir bien tout compris sur Jane et malgré tout aimer Ilya, est assez magnifique. Et tout culmine d’ailleurs quand Ilya la cite elle, ainsi que toute sa famille, dans son monologue à cœur ouvert en russe.
Ce speech d’ailleurs, parlons-en, car c’est aussi un des sommets de l’épisode incontestablement. L’intrigue emploie un concept plutôt fictif et romancisé (”ouvre-moi ton cœur dans ta langue” — ça reste une romance après tout !), pour en faire une super scène de télé, et évite certains pièges qui la feraient tomber dans le popcorn mielleux (du genre “en fait Shane avait appris du russe et a compris ce qu’il lui a dit !”). Non, ça en devient juste une déclaration sincère qui prend aux tripes. La composition des plans donne l’illusion qu’ils sont dans la même pièce alors qu’ils sont à l’autre bout du monde, contrastant avec les nombreux plans dans les épisodes précédents qui soulignaient le fossé qui les sépare alors qu’ils étaient dans la même pièce. Et à nouveau, la prestation de Connor Storrie est à saluer. Même si je n’ai pas toujours été fan de la façon dont la famille d’Ilya a été gérée, et qu’on a manqué peut-être plus de scènes de son quotidien (malgré les rajouts déjà faits par rapport au livre), il faut reconnaître le succès de ce point de chute encore une fois, qui sait être nuancé en montrant que malgré les convictions fortes d’Ilya, il ressent plein de sentiments contradictoires vis-à-vis de son père, son frère, sa vie en Russie. De quoi rappeler que politiquement aussi, l’homophobie étouffe des vies et tue. Les quelques phrases où Ilya évoque comment il a vécu sa jeunesse, le regard d’autrui toujours différent, c’est encore une fois en plein dans le mille. Et si voir son visage qui s’illumine seulement par des fractions de seconde quand Shane dit quelque chose de très “Shane” n’était pas suffisant pour nous convaincre de combien il a éperdument craqué, le speech et les réactions de Svetlana scellent l’affaire. Franchement cette histoire navigue juste tellement de thématiques riches et complexes avec une telle attention accordée à tout ce que ça implique, avec des portraits de personnages riches et nuancés, avec des talents qui transcendent les moyens minimaux du show, comme une réalisation qui fourmille d’idées et de générosité, le tout dans une forme audiovisuelle qui respecte et transcende son matériel de base. C’est la clé pour arriver à capturer des difficultés je pense universelles, dans beaucoup de relations, et de faire de cette série de romance qui n’a pas peur d’assumer son genre, un tel succès. Je pense aussi que les romances queer comme celle-ci viennent avec un bagage supplémentaire qui ajoute tellement de degrés de lecture par rapport au format romantique habituel, que je ne suis pas surpris que ça plaise à un public si large. Surtout quand elle est si qualitative et qu’elle reste très simple et humble dans son contenu, ne sur-exposant pas non plus chaque scène par le prisme unique de la discrimination et de la honte, mais recelant tout de même de nombreux thèmes pour offrir un idéal réaliste (si une telle chose existe) porteur d’espoir. Cela dit, cette vision est quelque chose sur lequel Zach Sullivan, un des premiers sportifs pro de hockey en activité à avoir fait son coming out il y a 5 ans, est assez critique. Selon lui, le show édulcore beaucoup trop la pression de la masculinité toxique imposée dans les vestiaires et au quotidien, et aurait pu aller plus loin dans le réalisme glaçant et oppressif du milieu sportif. Il reconnaît cependant en quoi le show est important pour lui et pour d’autres, et partage surtout des sentiments ambivalents entre joie de voir une telle oeuvre exister et plaire, mais terreur dans le fait de revivre son passé à travers une histoire si proche de sa réalité qu’elle en est parfois glaçante tout en n’étant pas assez fidèle. C’est un point de vue hyper intéressant qu’il est important d’écouter, et surtout pour les institutions sportives qui ont le devoir de ne pas s’arrêter à la représentation en fiction, comme j’en parlais dans l’épisode précédent. Après, selon moi, si la série ne montre pas le véritable enfer dans le milieu pro, c’est avant tout parce qu’elle se veut porteuse d’un message bienveillant, malgré la mise en contexte inspiré d’un environnement réel toxique. C’est à nouveau injuste de blâmer une oeuvre queer de ne pas être porteuse de tous les combats à la fois, et ça n’enlève rien au fait de rester exigeant face à ce qu’elle montre. Je vois plutôt Heated Rivalry comme un équilibre assez idéal entre un univers qui évite de dépeindre un monde queer quasi-parfait à la Heartstopper, ni une tragédie Brokeback Mountainienne où tout finit toujours mal, ou encore des oeuvres docu-fiction ancrées dans une réalité historique passée comme It’s A Sin. Le milieu du hockey n’est pas le seul focus, la série/le livre ne s’attribuant d’ailleurs pas le titre de documentaire, ni même l’étiquette “faits réels” ou de vrai genre du sportif. Le fait que l’œuvre nous fasse découvrir tout ce prisme dans une rivalité sportive, c’est justement une première étape, pas un commentaire final, pour renverser l’aspect masculinité compétitive dans ce cadre, et en laissant la possibilité à s’y plonger plus par la suite pour découvrir une réalité fascinante et difficile. Cet épisode représente l’essence même de Heated Rivalry en sa qualité de transcender son pitch et son genre pour toucher n’importe qui. Clairement, avoir eu une relation queer secrète par peur du regard d’autrui, de la société et de son entourage, sous le feu des projecteurs dans un contexte sportif de haut niveau réputé pour sa fermeture d’esprit : personne n’a connu ça. Pourtant ça n’a aucune importance car en vérité, pas besoin d’en avoir vécu plus d’une fraction de cette histoire universelle pour ne pas être chaviré, tant l’ensemble est poignant. Alors dès qu’on s’identifie un tout petit peu à ne serait-ce qu’une partie de la vie d’un personnage ou d’un message du récit, c’est complètement renversant. En faisant le choix de ce grand-écart fabuleux entre la première et la dernière scène toutes deux bouleversantes, et une finesse irréprochable au milieu, cet épisode inscrit la série dans la cour des grandes, de celles qui peuvent, à juste titre, “changer le game”. |
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Un épisode renversant, véritablement. Je ne sais pas si j'ai déjà vu une série qui, en toute humilité en plus, parvient à atteindre ses objectifs, à offrir quelque chose de profondément abouti et qui a une résonnance réelle dans le monde et la société.
L'épisode, qui dure une heure, suit une progression très belle et intéressante, évite les clichés (enfermer Shane dans sa relation avec Rose), dévoile (enfin !) Ilya dans sa vulnérabilité et permet aux deux acteurs de briller : Connor Storie, oui, car il a le rôle "difficile", mais je suis d'accord avec Galax, Hudson Williams épate dans ses silences et ses expressions faciales. Leur travail est complémentaire, tels que l'exigent leurs personnages qui le sont tout autant.
Il y a donc des vraies conversations, des moments de silence qui en disent long (sur la plage ouin ouin), des scènes où ils trouvent le moyen de communiquer comme ils le peuvent dans un monde qui les en empêchent. Et alors que l'impossibilité est là, que l'obstacle semble insurmontable, Scott revient dans l'équation et fait la bascule vers un moment de joie queer absolument remarquable.
On comprend pourquoi l'épisode 3 existe (même si je continue de penser qu'on aurait pu, même à petites doses, continuer de faire intervenir le personnage en parallèle), et on retrouve Scott et Kip comme si on ne les avait jamais quittés, avec cette scène finale qui fait tenir au bord du siège, les yeux écarquillés, le cœur battant. Ce que traverse Scott en quelques secondes, alors qu'il se retrouve tout seul sur la glace pour célébrer cette victoire, est magnifiquement interprété par François Arnaud. Le montage qui oscille entre caméra invisible et caméra des télévisions (intradiégèse), en plus de nous montrer Shane et Ilya en parallèle, avec cette musique, est juste brilliant. L'éternité que prend Kip à venir sur le terrain, qui nous aspire nous aussi, alors que les deux jeunes hommes osent à peine y croire, le risque pris par Scott, et l'exemple qu'il donne, c'est juste fou. Tout d'un coup, je regardais deux gamins amoureux qui se voyaient enfin à l'écran, grâce au courage d'un joueur plus vieux qui n'en pouvait tout simplement plus. Et la mise en abyme du besoin de représentation est formidable, tellement puissante. Tout le mécanisme du coming out a été usé jusqu'à la corde, on le sait, le coming out a été créé par l'hétérosexualité. Mais ici, le coming out devient une résistance, une libération, une possibilité, dans le sens où si l'hetsex a créé le coming out, il a logiquement enfermé les gens. Ce n'est pas un coming out mis en scène par des hétéros qui veulent saluer le courage d'être gay dans un monde violent qu'ils perpétuent inconsciemment, c'est une joie queer, un doigt d'honneur à la toxicité de ce système, en tout cas pour nous spectateurices (évidemment, il y aura sûrement des conséquences à cela au sein de l'histoire).
Honnêtement, c'est un vrai tour de force, et je n'ai pas encore mis entièrement la main sur le pourquoi du comment et comment il a réussi à nous faire vivre ces émotions là. Mais c'est magique !
PS : oh oui et la caméra qui tourne sur le terrain et autour de Shane et d'Ilya *brain explosion* haaaa sublime
<3 <3 <3 <3 <3
Trop cool de revivre ce moment et cette émotion avec tes mots !!